En faisant la route, nombre d’individus devisent gaiement des années durant sans jamais se découvrir véritablement. Les bouches gesticulent, les langues se déploient, mais, parallèlement, au milieu de cet étrange mouvement, les cœurs se ferment ; les identités s’asseyent à la même table, sur un même banc, se mettent côte à côte, restent face à face, mais sans cesse et secrètement, s’ignorent ou se repoussent, telles des électricités négatives. Tant de superficialité, d’ignorance, de mensonges peuplent les conversations, et, cependant, à peine quelques questions suffiraient à réaliser l’absence, ou bien la présence d’affinités électives. Parmi ces interrogations, la première, inestimable : De quelles pensées, de quelles vérités, de quelles grandeurs te pénètres-tu ? La deuxième, indispensable : Avec quelle intensité ?… C’est ainsi qu’une infime minorité seulement s’initie aux secrets de ses intimités, aux manières de percevoir, de saisir et de peindre la réalité propres à ses profondes individualités. Et nous observons des femmes comme des hommes, des personnalités de tous pays se dévisager, s’effleurer, voire se bousculer ; nous sentons des mondes intérieurs qui se meuvent, s’entrechoquent sans pour autant fusionner même quelquefois, sans pour autant oser se verser pour ainsi dire des uns dans les autres : tantôt se rapprochant, tantôt s’éloignant, les êtres s’apparentent aux perpétuels passants ne semblant jamais vraiment connaître ni le voir et l’émouvoir ni l’estimer et l’aimer.
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