1
Pénétration. — Tant que chaque esprit ne sera pas vigilant dans tout ce qui entre et sort sans arrêt en lui, il continuera à essuyer cette pénétration furtive d’idées étrangères et toxiques. Certes, « il y aura toujours d’un pays à l’autre des mouvements de population » (Durkheim), mais, si, quant aux humains, les barrières ne sont acceptables, quand il s’agit de pensées, le traitement ne peut être autrement que sévère. — Voit-on comme le cerveau de notre époque subit des infiltrations sournoises et délétères, et comme l’humain trouverait avantage à bâtir des frontières psychiques sensiblement plus hermétiques : à préserver, dans son refuge, ce qui lui reste de bon, de grand, de beau ? — Un abri point trop étanche tout de même : il est des vérités dont il faudrait bien se pénétrer…
2
Ultimi Barbarorum. — À la vue de toutes ces horreurs perpétrées par les individus à l’égard des différentes formes de vie, de ses semblables, d’eux mêmes enfin, face à la violence et à la haine des évènements actuels, n’est-il pas légitime d’être constamment saisi, nous aussi, par cette idée qui pousse à placarder sur tous les murs cette affiche qui accueillerait la pensée de Spinoza : Ultimi Barbarorum1 ? N’est-il pas conforme à la raison d’imposer à l’oeil de l’Homme la vision écarlate de l’ampleur de la catastrophe, de la gravité de ses actes, de tenter de faire pleurer le cœur des êtres devant la nature de ses productions, et de souhaiter ardemment que chacun, à sa manière, en ces heures noires qui choquent et dégoûtent en révélant les régions les plus obscures des âmes, puisse continuer, encore et encore, à trouver le courage et la force de s’indigner contre — cet irrespect indicible de l’humain, ce mépris pour les choses sacrées de la vie ?
3
En phase. — A : Comme tu es logé fort à l’étroit, à l’intérieur de ta petite retraite ! Ne t’y cognes-tu pas douloureusement, à toutes ces pensées confinées dans leur cellule, à ces poutres froides, esseulées, — dans ton petit collisionneur à l’écart des hommes ? — B : Certains esprits, parmi leur solitude, parcourent les mers, les forêts, les hauteurs, des espaces incomparablement plus vastes, sont notablement plus libres et entourés que cette gent moutonnière qui gesticule en allant à de vils rendez-vous dans les rues des géantes villes. C’est en elles-mêmes, que les âmes solitaires fréquentent leurs fidèles et intimes amis, en elles, qu’elles sont proches du monde à ne pouvoir l’être davantage : en ces lieux secrets, que tous deux se rencontrent, se promènent, — et vibrent à l’unisson.
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« “Aux derniers des barbares” tel était le titre d’une affiche que Spinoza a voulu placarder sur les murs de La Haye après le lynchage par la foule des frères De Witt. » Éric Delassus.
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