1
Pure façade. — Au cours d’un dîner, parmi d’autres invités, plutôt que de marcher, de courir, de gambader à l’intérieur de rues, d’avenues, de passages éclairés, enthousiastes et gais, plutôt que d’admirer, de savourer, d’éprouver la partie antérieure ainsi que l’intérieur d’âmes honnêtes, hautes, illuminées, on est bien souvent forcés de sentir la tristesse des bâtiments, l’hypocrisie de même que la bassesse des lieux, et obligés de lutter sans cesse afin de ne pas devenir des consciences toutes lassées, affligées, désolées : des humeurs, des caractères, des naturels… des visages, des expressions… des journées… — des promeneuses si maussades au milieu d’habitations déplorables, au milieu de ces faces arrière, de ces détestables façades.
2
Statuettes de plâtre. — Archaïques doctrines, aveugles et souverains systèmes, défectueux pensers… Sous de perfides lois, sous d’autres volontés, les hommes sans cesse se ploient, mais paraissent oublier toujours et ne les remarquer jamais. Ah ! qu’il serait bon qu’en chaque maison fussent installées de petites statues de plâtre : poitrails en avant, genoux à terre, têtes ôtées — des torses féminins et masculins, courbés, affaissés, sans dignité, bien froids objets embarrassés qui formeraient sans discontinuer, en l’étrange jugement, individuel aussi bien que collectif, ces souvenirs si étrangers, cet état de fait encore et tant… insoupçonné !
3
Demeurer, en soi. — L’un : De l’imagination, en passant par la palette, appelées par on ne sait quelle voie, les délicates et belles insouciantes épousent leur route, et s’en vont toutes vers le beau, le noble chevalet, se réjouissant de cette magnifique terre promise que constitue l’auguste et vierge toile. Mais déjà les années ont passé, et le visage, et le corps, et le cœur, l’essence même du robuste créateur dans l’éternité s’est évanouie : quelque délicates qu’elles fussent, ces sublimes Nuances de la réflexion, ces matériaux de créations diverses, ces substances d’œuvres entières survivent à celles de leurs auteurs, de leurs Créateurs, de leurs si modestes et mortels pères… — L’autre : Toutefois, ces derniers ne sont point totalement éteints, puisqu’elles brillent toujours — puisqu’ils demeurent, puisqu’ils respirent en elles.
4
Croisements perpétuels. — Les hommes se croisent, et ne semblent plus s’attacher à vouloir ni savoir se regarder, se rencontrer, se connaître ; en son observateur, on ne s’évertue, on ne s’entend plus à dialoguer, dans les raffinements, la délicatesse, avec l’âme timide, véritable et cachée ; les regards vont se perdre dans un lointain irréel, une région tant nébuleuse : de la même manière que dans ces portraits de face, ces représentations à l’huile où chaque figure et chaque prunelle ne s’arrête jamais de fuir l’oeil du peintre, parmi le lieu tout à fait imaginaire, ce songe si ordinaire.
5
Le service. — En assemblant les caractères, en fondant le fond et la forme, en composant assidûment son essai, son discours, ses vers cet homme se consacre au service de la matière, de l’énergie, des champs : de ce que d’aucuns nomment Dieu, d’autres Esprit, et d’autres encore Nature.
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