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Être proches et éloignés à la fois, les plus proches même et les plus lointains : une forêt, un océan, un continent, des planètes, des mondes peuvent séparer deux « êtres » accolés ! — Que la proximité et l’éloignement sont de curieux mirages ! Voyez comme le tissu de l’espace dispose sur sa nappe des plis à la fois minuscules et proches, des petites gouttes et immenses et repoussés comme les mondes ; voyez ces gigantesques gouffres très espacés aussi étroitement liés que des univers siamois ! Mais tout cela est bien connu… le temps et l’espace sont joueurs ! les infinis aiment folâtrer ! Dans ces conditions, la grande déception survient lorsque l’individu réalise que ceux qu’il considérait comme amis intimes et famille, ne le connaissent et reconnaissent qu’en tant qu’étranger ; lorsque ce sentiment d’appartenance, cette douce quiétude, ce lien apaisant et chaud, rassérénant, est rompu. L’âme prend conscience qu’ils ne partagent plus désormais avec elle qu’un seul trait commun : leur nature « antipode » ! L’espace-temps lui-même s’est déchiré et il saigne… Dans sa prodigieuse « fuite », il draine les innombrables gouttes de peine et de colère, il emporte sa longue traînée de souffrance, ses sublimes lignes rouge sang. La rupture, cette désillusion sur la nature et la valeur de la relation, jette alors sur l’âme solitaire ses grands voiles froids, ses nuages obscurs, ses cercles noirs, orageux, ses bourrasques glaciales qui éloignent, séparent, — encerclent. Désormais il lui est enlevé, à cet individu rendu inconnu malgré lui, la possibilité même de verser sa profonde misère dans le sein d’un ami. Son fardeau, il doit maintenant le supporter seul, ou bien finir écrasé ! — personne ne veut ni même ne peut lui venir en aide. Mais qu’importe ! Le solitaire s’en est déjà remis et il s’en remettra ! Tout cela n’est déjà plus qu’un vague murmure, qu’un lointain songe cosmique, un léger souvenir tragi-comique ! Et rétabli, il quitte de nouveau la terre ferme ; le voilà qui dès lors utilise ces mêmes voiles : il se retourne vers l’horizon, il les remet dans le bon sens ! celui de l’éclaircissement et de l’expansion, — de l’épanouissement ! Notre hardi navigateur les hisse et, dans sa détermination d’airain renforcée, bombée, « gonflée », le noble sculpteur fend davantage l’océan. Il y trace, y grave, un sillon plus marqué, plus profond : il y dépose ses traits, ses rayures, ses traces lumineuses — sur cette surface étendue, à travers cet espace qui est dorénavant le sien, ce fleuve du temps espiègle. — Il est une chose que le Temps lui-même ignorait : notre compagnon de voyage aussi est joueur !
Eh quoi ! toute existence ne serait que succession de sillons qui s’évanouiraient sans cesse, ensevelis sous la poussière ! — Eh bien, qu’importe sa tendresse, ses lames enveloppantes ! le vague qui balaie ! Nous autres, nous voulons nous évertuer à ne pas laisser indemne cette vie ! Nous l’avons aperçue, l’onde fugitive ! et nous nous donnerons beaucoup de peine pour arriver à lui saisir le bras et à la marquer — à la remarquer davantage ; à la sillonner toujours plus !
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