1
Poésie monstrueuse
Peut-être faut-il naître poète
pour aimer les lois
la logique du monde
et le curieux résultat
bien souvent monstrueux
Peut-être faut-il naître poète
pour aimer et les bactéries résistantes
et les champignons vénéneux
et les végétaux carnivores et les virus
surtout le plus illustre le grand singe même
poète tu l’es sans doute
mais probablement l’ignores-tu toi-même
toi qui depuis tant d’ans
reconnaît toute la farce
et néanmoins la savoure
goutte après goutte
jour après jour
avec un plaisir si épuré
une joie une habilité
un art si consommé
2
Innocence débordante
Si toute la chaîne de conséquences
Demeure invisible en tes yeux,
Et ne doute point un seul instant,
Elle l’est en l’organe raisonnable ;
Si Bien et Mal ne sont que conceptions,
Qu’illusions tout à fait réelles, bien humaines,
Et ne va point croire à quelque sagesse
Énonçant une vérité à cela contraire :
Te reste-t-il d’autre expérience que l’authentique,
Que la salubre, que la vigoureuse existence,
Celle exempte de regrets grouillants —
Le torrent plein et innocent, l’action toujours sémillante ?
3
En phase
Esprits négateurs, âmes calomniatrices,
Les mélodies que chante sa langue,
Ne cherchez point à les entendre,
Car si peu sauraient bien comprendre
Ce que prononce une telle inspiration ;
Ignoreriez-vous toujours la vérité que voici :
Que seules les natures de même essence
Peuvent sérieusement tenter de les apercevoir,
Et, qu’il est même heureux qu’un si faible nombre
Forment l’auguste vœu de les dignement concevoir,
Puisqu’en ces oscillations, en son sain mouvement,
Encore plus rares… plus rares encore sont ceux
En mesure de calmement sentir, et de joyeusement boire ?
4
Belle ardeur
Veux-tu contourner l’égarement,
Décèle la belle activité,
Et jette-t’y avec ardeur ;
Celui qui à ce délice sait
S’abandonner entièrement
Tout en évitant soigneusement
Les voies contraires,
N’apportant que troubles,
Malheurs et force misères,
Celui-là pleinement saisira
Le beau fruit de la vie :
Connaîtra les multiples naissances,
Éprouvera l’exquise expérience.
5
Sans doute
En premier lieu, expectorez le verbe !
Par ce mouvement vous apaiserez le doute,
Lequel pour faiblir ne demande qu’à prestement jaillir ;
Puisque c’est dans l’expression, coûte que coûte,
Dans le lâche abandon à la certitude pressante,
Que l’âme servile oppressée s’imagine toute libre,
Que sa pensée allégée se figure tâter la pure vérité.
Qu’à la face des passants soit jetée la doctrine bossuée !
Que la pernicieuse, que la déplorable saute, et fasse mouche !
Il est bon que l’illusion de la certitude stabilise les âmes
Et que celles-ci, rassérénées, s’évertuent pour soutenir leurs consoeurs ;
Ainsi, les lois du monde vous paraîtront plus intelligibles encore !
Ainsi, chimères, maladies, retrouvant leur si antique vigueur,
Se rendront peu à peu toujours plus maîtres de l’esprit.
Photo © iStockphoto.com / kevinhillillustration
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