1
Nature de l’étendue. — Dans les déserts, dans les ports, en pleine foule, en le refuge, quelque sol où s’enfoncent nos traces, l’esprit des maîtres flottent sur nos têtes. Tandis que nos gestes se débattent au milieu de la lourdeur, ces grandes mains nous paraissent si légères ; leur technique, leurs ailes, leur plume transportent pour ainsi dire une profonde simplicité, une modestie énergique, une promptitude mûrie : dans ces espaces irréels, en de parfaits desseins, les vastes volontés folâtrent, infaillibles mais tranquilles. Il arrive que les regards se dressent pour rencontrer leur visage, mais mainte fois ils tournent le dos à l’altière noblesse ; les hommes traînent leur infirmité sur une inconvenante hideur, loin de la grâce consommée, seule « étendue » proprement avantageuse.
2
Ouvrages illuminés. — La superbe ouvrière élève sa technique au point de ses conceptions, puis, touchant son but par un geste obstiné, l’instinct confondu par l’alerte tableau, les sens éblouis par le ciel bleu et orange, la végétation jaune et violette, les fruits rouges et verts, elle se soumet à l’impétueux appel, se rend au domaine de l’évidence et fonde son œuvre dans l’empire de la couleur. Les caractères clairs et les caractères foncés possèdent peu à peu son intime perspective, injectent l’onde de leur impression, libèrent leur envoûtante contexture ; bientôt elles font prendre une figure inédite à l’accomplissement : modestie et timidité de la stimulation laissent place à la hardiesse de sa force, à un plein enthousiasme, à l’exubérant déballage des contrastes. Déjà le coloris surmonte le motif, et la diversité des nuances l’éclat du thème, — déjà doigts, bras et faces se pressent et se courbent devant l’autorité en quelque sorte dionysiaque de la palette ; la volonté glisse et se mêle aux exigences de la nature — ses aspects se font couleurs complémentaires. Dans le cadre sombre et stérile des siècles se détachent par hasard les plumes fraîches d’une semblable valeur, ces miraculeuses amantes du verbe ; boutons d’or jaillissants, génies argentins, improbables météores sur toile languide, qui délivrent dans leur solitude composite des arrangements neufs, des peintures de joies entrelacées, des constellations de prestiges. — Stupéfiants phénomènes, pour la lucarne commune, efflorescence immatérielle, pour l’esthète amoureux.
3
Service de premier ordre. — Que la Solitude vous préserve de la bassesse des différentes tables du monde — c’est un signalé et délicieux bienfait de la nature ; — mais que la Solitude vous force à en humer les plus puissants motifs, — c’est le plus remarquable « service » que ses rares hôtes puissent apprécier.
4
Arbre et Si. — Si la discipline régnait dans le cerveau des hommes ; si l’empire et l’excellence leur étaient plus chers que les bagatelles, la dispersion et les petitesses, rien ne pourrait corrompre leur humeur.
5
Le jour se lève. — L’Oeil quitte ses ombres et se lève dans les vérités ; il soutient l’éclat innommable des formidables excès : cette grandeur rare de même que cette bassesse sans fin ; ces longues vies sans piquant aussi bien que ces brèves prometteuses ; les Misères libérées par la Parque ou les Gloires indignement ravies ; les insignifiantes et les monumentales flammes humaines en la prodigieuse variété, qui soit s’exaltent ou chancellent entre les doigts effilés de l’insensible fortune…
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