1
Mise au point préalable. — L’un : Grand singe, compagnon ! quelle est la nature de tes modèles ? quel est ton crédo moral, esthétique, politique ? Quels sont les principes essentiels auxquels tu adhères, auxquels tu te réfères ?… Ciel ! quelle énergie, quel temps ! toi, l’humain, n’inhumes-tu point à l’intérieur de paroles aussi vaines que quotidiennes ? Car, oui, combien, avant que de tenter d’allonger la conversation, la conservation, la liaison, et ce, vers l’infini, il serait bon comme raisonnable de se poser et d’adresser les profitables questions ! de former l’indispensable mise au point ! — L’autre : Assurément !… Hélas ! stupéfaite, impuissante, la foule est vue — quelle curieuse entité ! dans ce funeste jeu, quel social animal ! — en train de s’engouffrer à l’intérieur de relations, de cercles, d’anneaux, à l’intérieur de nœuds à chaque âme fatals : voici qu’on poursuit — oh ! triste trame ! — de stériles efforts en des gouffres où desseins, où espoirs, où tout est continuellement fuyant — où rien ne passe en constance cet hideux, ce détestable, cet aveuglement monstrueux.
2
Du dialogue. — Il faut qu’en soi puisse se former un silence « monumental », si l’on souhaite éprouver l’architecture authentique des sentiments de solitude et de séparation, mais aussi d’empathie et d’harmonie — afin que soit en mesure de s’ériger et de s’épanouir la profonde structure, ce dialogue intime avec la nature.
3
Coeurs blessés.— Meurtris par la froideur des hommes, assommés par leur folle insouciance, exilés par l’insoutenable indifférence, les artistes du monde se retirent là où certains savent encore se soigner : dans ce lieu où la plupart portent un infime coeur blessé, où coule, sans discontinuer, la belle douceur du baume, en ces espaces adjacents à la perfection — à l’intérieur des rougeoyantes profondeurs de leur art.
4
Poignée d’immensurable. — Installer l’idée, la forme et le destin du monde… loger tous ces invités dans une poignée d’équations bien humaines ; et transporter l’Infini, et murmurer à son oreille, et badiner avec lui, dans le creux même de son immensurable main… Quelle étrangeté en ces songes ! quelle démence fondée et enchanteresse ! Quelle vision, quelle voie, quelle joie étourdissante vers l’improbable royaume — vers le délicieux séjour, presque céleste, de la pure, de la sublime, de la suprême Ivresse !
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