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Méprise instinctive. — Il ne s’agit, en l’occurence, que d’une méprise sur le sens qu’il convient de donner à une action, à une conviction, à un état. La pâleur de l’idée que l’on se fait communément de l’individu, la valeur conférée à l’homme en tant qu’homme, c’est à dire comme un bel animal « évolué », a toujours crû la main dans la main du dégoût de soi-même. Ses conceptions emplies d’images de pureté, de candeur, de vertus ont fini par constituer le terreau propice où plongent à présent les racines de l’opprobre jeté sur ses plus profonds instincts. Ce qui s’est produit n’est ni plus ni moins que la création d’un ciel d’hiver au teint blême, au-dessus des considérations actuelles, qu’une extraordinaire floraison maladive, qu’une dépréciation dans toutes les règles de la nature humaine, qu’une amputation et de sa gaîté foncière et de son innocence, avec, pour conséquence prompte et spontanée, une dégradation par degrés de la confiance et de l’estime portée à la vigueur, à la couleur, à la santé naturelle de la vie. Voyez si l’esprit se croit désormais distingué et fort élevé sitôt qu’il sème, qu’il couvre d’infamie ses pulsions, ses réactions immédiates, tout ce qui forme le soubassement et les fondations si spécifiques et si nécessaires de son espèce. Voyez à quel point il s’imagine escalader à vive allure les marches de la bonté et de la grandeur, de la vérité aussi bien que de la profondeur dès que par ses mains sont voués à la haine ainsi qu’au déshonneur extrême, public, le résultat d’années et d’années de mutations, l’aboutissement, en la lenteur et la joyeuse assurance, de toutes ces lentes et variées, de toutes ces inévitables transformations.
2
Honteuse et confuse
3
Valsez !
4
Multiples représentations. — Esprit, qui toujours conçoit, invente et cherche, prends donc l’habitude de saisir le solide, le fluide, l’onde… une émotion, un sentiment, un penser ; observe cet objet quelconque, et tente de te le représenter de multiples façons. Ainsi, tu t’apercevras bientôt, en t’efforçant de l’enseigner à toi-même aussi bien qu’aux autres, que ce que ta vision embrasse dans l’instant s’éloigne sans arrêt de ce que tu t’imaginais jadis, lors de la rencontre initiale, et qu’à présent même, après d’innombrables points, lignes droites, surfaces courbes, force dessins, schémas, cartes mentales, après l’abondance d’images plates et de reliefs de tout ordre réalisés… après mainte et mainte transformation, caractérisation, explication, cette chose forme non pas la chose réelle mais uniquement une construction mentale plus ou moins précise, floue, possible — une fluctuation psychique bien modeste en pleine probabilité.
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