1
L’Orgue de Barbarie. — Au bout de ta course, tu ne seras que cendres. Une plainte, cachée, sous-jacente, mais aux manifestations bel et bien présentes, et fort charmantes. Les bactéries, les fleurs, les animaux, toute la Terre sera nourrie par ta voix. Joueur infatigable, qui toujours semble devoir étonner, ta fin soutiendra le cycle, alimentera en énergie nouvelle la grande manivelle, chantera pour l’autrui la douce et joyeuse mélodie de la vie. Ce monde, que nul ne saura proprement connaître, ces formes d’existence, dignes, fières en ton absence, tout constituera l’auguste objet : se découpant avec majesté dans les espaces à venir, le monstrueux vase… sorte de magnifique cimetière, empli de cinéraires.
2
Se mieux faire comprendre. — Un homme d’esprit honnête, pour éviter de se mal faire comprendre encore davantage, doit parler par circonlocutions. Car tout ce qui est direct et brutal, en somme, tout ce qui, de près ou de loin, ressortit à la vérité dans toute sa force se trouve précisément et ordinairement être ces choses les moins bien entendues.
3
Dignité du laid. — « Ce qu’il dit n’est pas toujours gai, est quelquefois même morne, désolé, véritablement laid. » Eh quoi ! vos plaintes ne cesseront donc jamais ! Ne voyez-vous point cette sincérité qui imbibe de valeur le mot ? Ne considérez-vous point le sévère, le cruel, le déformé, le souillé comme des éléments tout aussi palpables, authentiques, réels, et donc, tout aussi dignes de réflexions, de représentations, de sentiments artistiques ? Car, au juste, ce que tente de rendre cette plume, ne sont-ce simplement les couleurs, les tâches, les marques indélébiles laissées par l’aveugle cours des choses : ces traces, ces sillons, ces crevasses creusés sur les fronts par le temps, le bonheur et le malheur, formés par la fougueuse destinée, et déposés continuellement, ordinairement, sur le visage d’un homme quelconque ?
Photo © iStockphoto.com / Valdas Jarutis
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