Photo iStockphoto.com / yayayoyo
De quoi jusques à la pensée l’individu doit-il se garder ? – Du laid, du méprisable, du vil. Mais, ordinairement, cela est précisément ce que l’on n’aperçoit plus, ce qui, collectivement, est caché en plein jour, est dissimulé dans la clarté… Les yeux ont cessé de voir, c’est le silence des sens qui règne désormais, qui apprête son brouillard, qui prodigue ses bons soins. Toutefois, certaines vérités, dans certains cœurs poussent trop fort : elles sont faites pour jaillir, et, les organes étant sensibles à leur nature, ils ne savent ni ne peuvent les contenir. Elles se mettent alors à crier… elles débordent – le jour parvient toujours à arracher les secrets, à donner la parole aux voix étouffées. L’âme humaine est sans doute conçue ainsi, qu’elle ne peut aisément s’accepter vraiment : elle invente – l’astucieuse ! – et use de toutes sortes de stratagèmes, pour à ses yeux, paraître innocente telle une gemme. La situation est grotesque et l’évolution prévisible, mais est-ce si important, quand la plupart sont de mèche et que les sons sont inaudibles ? Les desseins du sort sont parfois si curieux : s’acharner à exprimer tant de malice, est-il permis de jouir autant d’un jeu ? Est-il possible dans les têtes de semer à ce point l’horrible et l’abject, et d’observer les bras croisés, la scène interminable se dérouler à ses pieds ? Est-il possible de tellement mépriser sa créature, à ne plus ressentir la pitié pour sa propre progéniture ? N’a-t-il pas la possibilité de se résoudre, simplement par compassion, dans ces consciences à répandre de plus doux rayons ? Destinée, il ne t’est pas demandé de t’y attaché, uniquement de permettre la dignité. Et cela afin que les hommes puissent aimer, puissent… s’aimer. Quelque désolante vue que ta volonté au regard daigne offrir, à ta force la douleur ne saurait que souscrire. Mais il est des souffrances d’une intensité surnaturelle, qui dépassent l’entendement, qui transgressent la mesure, et qui sont incapables de pleurer en secret. Leurs larmes sont des flots révoltés, leurs soupirs des tempêtes déchaînées. Comment peut-il en être autrement lorsqu’une impulsion sous-jacente les somme de parler, lorsque sont chuchotés à l’oreille des ordres irrésistibles ? lorsque cette voix intérieure résonne en elles en leur disant :
« En voilà assez ! Ton identité même est prise de nausées ! En vérité, c’est elle qui t’informe, qu’un jour supplémentaire, ce cours des choses et des hommes, tu ne peux supporter. Fais donc rugir ta foudre, réveille donc tous ces morts ! qui dans les villes et les campagnes offensent le beau sans relâche et à la vie font grand tort ! Offre-leur à tous la puissance de tes coups, le fracas du réveil ! Apprends-leur à aimer ta fureur, à rechercher la terreur et les pleurs, car eux seuls permettent de quitter la stupeur. Apporte dans les petits cœurs troublés ta parole qui dérange, ton lange méconnu, ta douceur méprisée. Ne laisse pas l’obscurité recouvrir le battement irrégulier, ne la laisse pas le perdre, ne la laisse pas l’ensevelir. N’autorise point le grand froid de l’ignorance à geler les consciences. L’humanité est encore bien jeune pour que tu délaisses ton indulgence, pour que tu la tiennes à jamais à distance. Toi, Souffrance, toi, Conscience consciente, peut-être au départ seras-tu négligée, maltraitée… patience !… Les oreilles, tels les boutons de rose, éclosent dans la persévérance. Parle-leur avec constance. En des sépulcres scellés, emprisonne leurs excès, leur dérive, leurs horreurs. Délivre-les de tous ces Dragons, de toutes ces sirènes : de tous ces bas-fonds, de cette hideur, de ces bassesses – qui les hantent, les pressent, les oppressent. Et si jamais le courage, l’espoir, la haute volonté tentaient de te fuir un jour, tu te rappellerais de ton essence toujours, tu te souviendrais de toi. Ainsi, tâche à l’avenir de garder à tes côtés ta lance invulnérable, et d’agir, de grandir, d’évoluer en souverain, en vainqueur, en guerrier » ?
Laisser un commentaire