1
Libre pensée
Souffrez donc que mon mât
File vers d’autres terres,
Demeurez où vous êtes,
En prison, sous vos pierres !
Empressée, la conscience vogue
À pleines voiles, en pleine mer,
Vers les lointaines contrées :
Sous ses pas, la plaine azurée ;
Au-dessus, déployée, la voûte étoilée ;
Et tout à côté, veillant la petite,
Des esprits rieurs, indéfectibles,
La marotte et ses grelots imprescriptibles.
2
Beauté déchiffrée
Elle a apprêté les heures pour votre arrivée,
Arranger chaque pli, chaque lieu,
Les fleurs dans le vase de la vie
De manière que vous puissiez être et persister,
Et, de manière que, tout émerveillées,
Ses créatures soient à même de jamais la contempler :
La Loi, si délicatement, si heureusement enveloppée,
La Nature, éclatante nuit comme jour,
La Beauté, en sa robe de chiffres et d’amour.
3
Existence éthérée
Tant de volontés,
Sur le globe éparpillées,
Sur ta recherche
Ont mis l’accent !
Tant d’espérances,
De tout temps,
Vers toi seulement
Ont orienté leur envol !
Insaisissable forme,
Vie ailée :
Ô douce musique !
Ô vapeur légère,
Qui monte, ondoie,
Voltige, et s’évanouit !
Ô existence éthérée !
4
Les Si et la Bouteille vide
Qu’est-ce qui si ordinairement se loge dans la répétition ?
Le mensonge !
Car il n’y a pas de lieu où il se sente si bien, l’ignoble.
S’il éclatait au grand jour et qu’il dévoilât son hideux visage,
Les êtres seraient fort étonnés, troublés, comme embarrassés.
Et, pour la confidence, si astucieux que vous soyez,
Oh ! si subtils, si habiles vos doigts d’horloger !
Vous ne parviendrez à leur faire entendre raison.
C’est que même avec des si, le monstre,
Dans Paris, dans le temps, dans l’univers entier,
Ne saura jamais être mis en bouteille.
Mais, j’oubliais… : tout ceci importe si peu !
5
Ce qui fuit
En la nue
S’égayent de doux regards ;
Un jeune garçon admire,
Prend son temps.
Tout semble passer,
Se jeter, il ne sait où,
Dans la célérité ;
L’étonnement se prolonge…
Les nuages,
De même que les saisons,
Ainsi que les âges,
S’écoulent, fuient… — coulent.
Bientôt la vision est blanchie,
Plus contraignante devient la posture ;
Déjà les paupières s’alourdissent,
Le jour décline.
Le vieil homme rejoint l’herbe fraîche,
Un digne silence l’y accueille :
La Nature, solennelle, tient sa parole,
À présent est récupéré ce qui fut hier prêté.
Ciel ! que le songe fut bref !
Les secondes trompeuses !
Mais aussi, quelle histoire ! quelle aventure fabuleuse !
Et, florissant sur les lèvres toutes sèches, quel sourire éternel !
Photo © iStockphoto.com / Thomas-Soellner
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