1
Lettre I. — Monsieur, La pensée de nos conversations futures me réjouit… Puissiez-vous toujours, dans le calme, façonner votre propre conscience avec les matériaux de l’intime, faire éclore cette fleur par-delà le vulgaire, en présence de vous-même, et poursuivre sans faiblir l’éternelle quête de la justesse. Que vos longs membres fraient la voie nouvelle, et y conduisent une flamme pétillante, afin que nous ne trébuchions pas, nous autres faces craintives, grêles et défectueuses qui dans nos ténèbres nous enivrons de votre parfum. Avec mon estime. P.
2
Le réel grignoté. — Marchant de-ci, de-là, une âme poétique trouve des immeubles chiffonnés, des jardins bosselés, des figures vagabondes. Partout, ces formes, si claires pour les autres, la tirent dans le vague : couleurs, matériels, durées, l’agitation grignote les contours, effacent les structures ; en pleines vapeurs, en les paysages abstraits, loin des définitions humaines, seule jaillit la turbulence continue, la granularité versicolore, l’écume serpentine. Notre psychè glisse vers les remous du monde ; et quel tempo, quels effets, quel étonnement se joint à l’étrange secousse !
3
Étonnement philosophique. — Celles-là nous surprennent, qui ne voient en lui qu’inconséquence sur inconséquence ; mais, quelle main experte guident ces créatures bien folles dans les contraires, les paradoxes, les caprices de la raison ? Que perçoivent-elles en cette monumentale figure, ces pies jacassières et sans étonnement ? À leurs yeux, quels traits, quels reliefs, quelles significations se dégagent de sa bohème mais lucide nature ?
Laisser un commentaire