Les nourrissons des Muses
Le chant de passion et d’amitié, de la belle joie, de la tranquillité, le souffle de l’inspiration… Les voiles de la sincérité, lesquelles seules savent porter le sublime écho au travers de l’éternité… Qui donc cueilleront les fruits de ton écriture, nourrisson du Parnasse ! Du monde les consciences dénaturées ? Celle-ci, épuisée, bien lourde ? Celle-là, toute grossière ? Cette autre, ne sachant que faire ? La suivante, ne goûtant seulement qu’en la froideur et l’hideur ? À qui est-il encore donné de se troubler, de s’attendrir, de s’émerveiller, de s’émouvoir à la pensée, à la beauté des rires et des pleurs de ton si dur et si tendre cœur, auprès de ton organe en continuelle effervescence, de ta lyre jamais déclinante mais au contraire infatigablement vibrante ? Qui à ton mariage d’amour, accompagnant tes pas et ceux de ta bien-aimée — la charmante Parole —, à la grandiose cérémonie, emplis de vigueur et de gaîté, savoureront le modeste, l’illustre, le pur hyménée ? Qui enfin, dans ce spectacle de sens et de sentiments par tes dignes mains, par tes hauts soins prodigué, apercevront la prodigieuse variété de saveurs, de jouissances, de bonheur : Quels yeux tomberont la peur, s’écarteront de l’indifférence, abattront la misère, et ceindront la vie elle-même avec leur douceur, leur attention, avec leurs aimables humeurs ?!… Oh là-bas ! quels rieurs enfants ! — quelque peu naïfs, il est vrai, mais en pleine promesse d’un fort bel avenir, en pleine voie d’un entier ravissement, en plein cœur… de l’allégresse ! Et combien ces êtres frais paraissent tout disposés à écouter ! et davantage : à entendre, à danser, à réagir — de délices à mugir ! Ah ! la voilà qui arrive ! La Vérité ! La voilà s’approchant en énonçant : « Comme une conscience qui grandit et s’élève vaudra toujours plus que mille oreilles incomplètes, injustes et distraites ! que cette foule tant cruelle ! Tout bien considéré, comme elle mérite amplement, et le terme est bien faible, que grâce au poète lui soit épargné l’ignoble, qu’abondamment le rythme, la puissance, la beauté, la grande mélodie coule pour elle du noble instrument ! »
Matériaux de l’artiste
Photo © iStockphoto.com / Veleri
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