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Il est des géants — les voyez-vous ? J’entends ces esprits vastes, ces créatures ailées qui, dans leur grande manœuvre, inconscients de leur force, assomment les naïfs promeneurs, piétinent les faibles et basses volontés. Mais que vois-je !… Oh ! regardez. Misère ! Ô les malheureux aveugles courent sous leurs pieds ! Ils se jettent sous les immenses, les majestueux Harfangs ! sous les mystérieux oiseaux blancs de la pensée ! Ils n’ont pas conscience des pattes puissantes aux griffes recourbées susceptibles de s’abattre à l’improviste ; être leur proie semble être leur joie ! Mais comment en vouloir à ceux qui ne savent voir ? Et pourquoi ne les discernent-ils pas ? — Parce que… la luminosité est trop vive ! et que les nobles hiboux sont imprégnés d’un type de clarté qui, aux passants, est tout à fait étranger. Ils réfléchissent des rayons « à part », que les autres ne peuvent distinguer, en outre leur plumage les camoufle dans la « neige », et ils sont silencieux ! Ces autres ont désappris l’art de percevoir, ils ont perdu le don, la maîtrise de la vision, et désormais, de peur d’être éblouis, ils font le choix de la grande fermeture : ils se barricadent, ils condamnent leurs fenêtres ! Ainsi ils ignorent tout de ces superbes volatiles qui, quant à eux, possèdent disposés vers l’avant les grands yeux du concret, déploient, en plein jour comme au milieu de la nuit, sur le sol comme dans le ciel, l’essor de leur vue perçante, le regard clair et pur du réel. Mais ces timides oiseaux venus d’ailleurs sont maladroits et tout ceux qui vivent autour d’eux doivent être avertis de l’alternative : ils se trouvent devant l’alternative de voler, de surmonter leur horizon restreint, de danser avec les géants ou de choisir l’aveuglement, la profonde obscurité et ainsi la condamnation, à un moment ou à un autre, à l’ écrasement, au piétinement involontaire.
Ainsi donc, parmi les « illuminés », les différences fondamentales établissent une nette distinction. D’un côté, ceux qui s’élèvent avec force, étendent largement leur vision et embrassent la réalité, de l’autre, ceux qui toujours plus s’aplatissent par faiblesse sous le poids d’épaisses ténèbres, de l’obscurantisme. Mais ces derniers, ces premiers « ensevelis », on ne les aperçoit déjà presque plus…
Le vol bas des hiboux annonce l’orage…
Il est des titans, les voyez-vous ? Il est des enterrés vivants, les discernez-vous ?
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