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Les dépossédés
Dans les maisons, les mains déploient leur activité en vue d’accumuler biens sur biens, à l’intérieur d’un acharnement, d’une constance rare. Mais ne voient-elles pas que, ce faisant, elles se privent de la possession de quelque chose d’autre ? que la liberté elle-même est insensiblement traînée vers le cruel paillasson ? Mêlées à une vision aussi étonnante qu’effroyable, parmi une sorte de passion fort furieuse, les Richesses aspirent à s’accoupler, sans faiblir et sans fin, et cependant, dans l’intimité des êtres, les plus profondes valeurs répandent leurs cris assourdis : leur affreuse pauvreté, leur atrophie, leur anéantissement — leur profonde misère de dépossédées. Face à l’uniformisation, à la propagation culturelles, face à la crise globale des valeurs, comme les consciences exprimant leurs inclinations individuelles et leurs propres voies font défaut ! Combien s’est installée à l’intérieur des sociétés une hiérarchie des principes morbide, irrespectueuse envers le soi, l’environnement et l’autrui ! une manière de vivre et de concevoir ce vivre étrangère au bon sens et aux nobles sentiments ! Combien les transformations internes, intimes, à une époque pourtant prodigieusement effervescente, au sein d’âmes tout à fait soumises aux influences extérieures aveugles, appartiennent à l’inhabituel et, surtout, sont si peu décisives ! Que le superficiel enfin, parmi le domaine de la culture, qui est de tous celui qui forme au plus haut degré le sentiment et la raison, gagne du terrain, telle une herbe des plus vivaces et des plus pernicieuses, tel un torrent de maux impétueux, une diabolique volonté impérialiste ! Incontestablement, la « pauvreté » marche à grand pas, à pas feutrés : les personnalités, les esprits, les âmes « riches », semblables aux bonnes graines au cœur de l’ivraie, sont pour ainsi dire hésitantes à naître, à germer, à se montrer. Par ailleurs, en les observant de très près et bien soigneusement, l’on croirait apercevoir des manières de frêles esquifs, ballottés et presque flasques ; des consciences se débattant des pieds et des mains, comme des possédées, au milieu des désordres et des peines sans nombre de leurs sœurs insouciantes… — si insouciantes.
2
Rendre l’infini
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Intelligence bornée
La noble activité et la charmante gaîté.
Photo © iStockphoto.com / Route55
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