1
L’Écume des jours
2
Des chaumières
3
Petite brouette
4
Chaise et bougies
5
Jeune fille. — L’Humanité n’est-elle point semblable à cette jeune fille dans le bois esseulée, à cette conscience environnée de grands arbres, enveloppée par les ombres monstrueuses de son ignorance ; cette âme encore fraîche ignorant ses propres racines, cette silhouette, ce souffle, ce souvenir naissant se tenant là, en sa curieuse verticalité, vacillant dans l’instant : un regard trouble, ivre titubant chaque jour parmi les vertiges de la nature, tout insouciant au-dessus du vide, au-dessus des derniers vestiges, au-dessus du gouffre, de l’avide gueule des jours ?
6
Sur la marine. — Des femmes et des hommes, tristes enfants des peuples, se déplacent sur le bord de mer, le visage fouetté par la véhémence des vents, attirés par on ne sait quelle force étrange, par l’élément humide, par la bouillante soupe, hantés par les puissants mugissements des flots, par l’Orgue funeste. On se croirait vraiment en présence d’innombrables crustacés courant, — courant se jeter dans de mortelles eaux, en la funeste écume. Mais qu’est-ce donc qui les meut, et qui les fait vouloir avec fureur tout ce qu’ils veulent ? Dans le sable tourbillonnant, en pleine tempête de vie et de mort, les yeux et les cœurs garnis de sable, les pas aveugles progressent des terres profondes vers le rivage, pareils à des créatures dépourvues de substance, à des spectres hideux, sans âme. — Sur les dunes, bien à l’écart, il faut posséder l’oeil du peintre, si l’on veut saisir l’intensité de la scène, et le cœur du poète, pour sentir son caractère décisif. Car l’impression, l’authentique, ne se laisse humer que par des nez préparés sinon nés pour la tâche, que par d’immenses psychologues : les grands artistes des sentiments humains — ces peintres de marines prodigieux, indispensables, inestimables.
Photo © iStockphoto.com / arborelza
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