1. Objets rampants non identifiés.
Il est des phénomènes surprenants. Ils vous tombent brutalement sur les bras, puis pareils à d’étranges insectes rampants enfoncent leurs griffes dans votre chair avant de pénétrer par tous les orifices. Ils se meuvent comme ces choses dont parlent Virginia Woolf1, qui « s’accroch[ent] aux doigts et s’insinu[ent] sous les ongles »… Et je n’ai jamais ouï dire que personne ait été en mesure de s’en débarrasser si facilement, de ces, parfois trop longues… journées.
2. Renouvellement bienfaisant.
Ô nature ! L’heure n’est-il pas d’enfanter une autre créature ? Moins affreuse et présomptueuse ; davantage respectueuse et joyeuse ? Enfin tout, plutôt que ce singe grotesque et enivré ; lequel, sans cesse ne peut se retenir, et asperge tous les lieux de sa semence : de ses graines de l’absurde et du risible. Oui, parce-qu’à force d’en rire, les crampes cèdent la place aux aiguilles, et le ravissement, bientôt, est expulsé — par la stupeur et l’horreur.
3. L’art épistolaire.
La valeur de la conversation habituelle est ordinairement surestimée. On devrait obliger les individus à communiquer par lettre. Ainsi les flots de paroles, aidés par la paresse naturelle des âmes, seraient moindres, et, avec un peu de chance, les gouttes d’or du silence parachèveraient l’effet en venant les tarir. Voilà qui serait rafraîchissant. Voilà qui serait purifiant. Las ! l’art épistolaire se perd — l’art épistolaire se noie.
4. Le singe-écrivain.
Décidément, le singe humain est capable de réflexions fort étonnantes. Par exemple : « Conçois-tu qu’on écrive pour la postérité ? Ou pour qui que ce soit ? Ou même qu’on écrive tout simplement ? » (L. Strachey). Réellement, un animal capable de penser ce mot, est digne de tenir une plume dans sa patte, de saisir ses propres pensées et de les dessiner sur du papier, de la belle main de son esprit.
5. La question du style.
Certaines écritures (ok) sont prodigieuses. Elles accueillent la complexité au sein de leur simplicité, les beautés parmi le dépouillement. Ah ! quel style ! Quelle splendeur, et quelle admirable pudeur que cette fleur, qui étale son raffinement, ses plus sublimes pétales : que cette reine portant sa magnifique corolle et s’épanouissant dans le secret de la discrète floraison !
6. Des gentillesses.
« Oh, Méchanceté ! Va-t’en promptement ! et ne te retourne pas, la bannie ! » S’imagine-t-on qu’un péril aussi effrayant, et sans doute même davantage que celle qu’on exile, se tapit au fin fond de l’excès de gentillesse ?
7. Justifié.
À l’intérieur de ces vastes villes, il n’est que juste que sur le fronton de maints individus tenus pour illustres soient gravés les caractères : I-D-I-O-T-D-U-V-I-L-L-A-G-E. Et encore plus : que certains hommes les aperçoivent.
8. Sensées.
Ah ! Ne le prends pas personnellement, le problème qui grossit en moi n’est pas alimenté par toi particulièrement, mais par mon espèce. À ce sujet, pourquoi se fatiguer de plus belle quand d’autres ont déjà si joliment exprimé cette lourde sensation que je traîne sur le coeur. Reçois donc ces quelques mots sensés : « Ah ! Pourquoi faut-il que l’humanité soit si pitoyable ? Dieu sait. Ou suis-je pourrie par l’âge mûr ? » (Woolf), et, de la même : « Mais la race humaine s’explique-t-elle ? Je veux parler de ces étranges spécimens, qui nous ressemblent effrayamment mais qui en même temps sont si proches des chimpanzés. Ils sont si dignes, si pétris de principes, avec leurs rayonnages de classiques, leur porcelaine proprette, leurs rideaux à carreaux et leur pureté que je ne comprends pas ce qui cloche. » Certes ces sentiments sont blessants envers les authentiques chimpanzés, cependant peut-être te donneront-ils des indices pour ce qui à trait à mon comportement.
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Pour ce qui concerne les citations du présent texte relatives à Virginia Woolf et Lytton Strachey, cf. Virginia Woolf-Lytton Strachey Correspondance (Le Promeneur, Éditions Gallimard, 2009 pour la traduction française).
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