Les petits doigts tentent d’agripper les structures environnantes, mais rien n’y fait, les voilà déjà qui tombent, happés par la nature glissante des choses. L’esprit a beau vouloir caresser ses objets, saisir à pleines mains la grande échelle du monde, du réel, du Vrai, du Bien, du Beau, il dérape sans cesse, et comble du ridicule : parvenu au sol, c’est son pied qui désormais lui glisse ! Tout semble conspirer à le décourager, tout semble prétendre à son ultime chute — à l’insondable dépression. Mais l’enfant a appris à trébucher, et, distinguant entre ses propres interprétations de la réalité et ses humeurs fluctuantes, sa volonté ne le laissera tomber : elle ne souffrira que la belle gaieté ne lui glisse des menottes et le fera se relever. Elle courbera la course du sort, déviera la funeste dague — pointée par la folie vers le petit cœur, vers le ciel ! — et supportera les quelques lésions. L’âme curieuse, hardie est bâtie pour empoigner toutes les choses, pour saisir la gravité même ; mais elle devrait parfois se reposer davantage : il est des sujets, des faits sur lesquels elle gagnerait à expérimenter la légèreté, sur lesquels, de temps à autre, il faudrait glisser ; tantôt l’esprit est apprêté et sur les lacs gelés sait musarder, tantôt, à vouloir trop creuser, il ne perçoit le danger — tous les grands travaux réclament l’auguste repos ! Reconnais toutes ces vérités, petite âme ! et en permettant qu’elles glissent de tes oreilles jusques à dans la minuscule sphère laisse les périls, les épées, les nuages du malheur flotter et périr dans l’atmosphère… La voie est fort glissante, il est vrai, cependant ne sous-estime pas ta force : sur les obstacles, toi aussi, avec nous autres, les Gigantes insignifiants, glisse… — glisse !
Photo © iStockphoto.com / mejnak
Laisser un commentaire