1
La Raison
Que sur le chemin de l’école
Les jeunes âmes s’ébattent !
Que leur joie débordante
Soit innocemment exprimée !
Qu’à l’ombre des grands bois,
Au sein des vastes ramures,
L’écureuil continue de batifoler ;
Que la gaîté sous ses pas ait logé.
Les plaisirs de notre âme,
Nous, nous les trouvons
Dans la découverte des vérités,
Parmi le jeu et la liberté.
Notre pensée, notre corps tout entier,
Lorsqu’il s’exprime avec aisance dans les mystérieuses
Et rieuses régions du rêve et de l’imagination,
Retrouve le soi, l’envie… de vivre sa raison.
2
Des obligations
Si toutes ces tâches dérangent les autres,
Comme à l’intérieur du créateur elles ennuient et entravent,
Combien les obligations l’irritent et l’accablent !
Qu’en lui, où les mouvements intérieurs ne s’épanouissent
Qu’à l’air libre, où le cœur se nourrit de hauteurs,
Le banal, le stérile… qu’en ce sein tout passe la gêne !
Étrange destinée, ne laisseras-tu donc point vivre l’âme artiste ?
Ne lui sera-t-il point permis d’embrasser sans menottes,
D’épouser sans barreaux ni cachot
La course toute naturelle de ses ardentes inclinations ?
Ah !… que les considérables faveurs ne sont-elles point octroyées au mérite ? —
Tonnerre ! Qu’à l’honnête homme soit accordé qu’il hume
À l’abri des vaines alarmes ses plus doux vertiges !
Que le poète chemine, que la nature libre croisse et se réjouisse
Dans la simple respiration, dans la pure inspiration :
Parmi son art, dans la spontanée, la déliée, la céleste ampliation !
3
Hallier venimeux
« Dans le lointain, va-t’en donc les chercher,
Et amène-les sur un sentier plus clair !… » —
Mais l’enchevêtrement est si serré, grand diseur !
L’accès si difficile, presque intangible, comme indécis !
Outre cela, ne devines-tu point l’extrême hostilité de l’endroit,
Sa méchanceté, son inconscience, sa décadence ?
N’entends-tu, dressées en ces sinistres lieux, parmi les sombres buissons,
Siffler en chaque point les innombrables têtes de vipères ?
Ne pressens-tu enfin la pleine vigueur de leur venin ?
Eh quoi ! tu voudrais qu’armé de mes seules espérances
J’allasse hardiment y semer quelqu’autre rayon, doux et bon !
Qu’un être doué d’une petite dose de bon sens s’y enfonçât et,
Dans ces forêts toutes sépulcrales, dans l’impasse instable,
S’essayât à affronter l’Hallier venimeux — l’Hallier impénétrable !
Allons ! devant de tels desseins, et surtout face à la réalité,
Ecoute !… Et entends !
Puisses-tu considérer tout cela, ensuite dans la confidence éclairer ma question !…
Pour lors, qu’y aurait-il en mon ambassade…
Qu’y aurait-il en la tentative qui ne soit l’oeuvre d’un fou ?
4
Vérité sidérale
Espaces, temps, particules,
Champs quantiques,
Invisibles,
Immenses,
Proches,
Étrangers,
Que l’on s’imagine
Emplis d’amour,
Bien illuminés,
Amènes même,
Mais qui, en vérité,
Ne sont que de multiples divinités
À humeur volatile,
Pour l’ordinaire froides et obscures,
Des manières d’esprits
Essentiellement rieurs,
Si ce n’est tout à fait
Persifleurs !
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