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Quoi ! il juge cette pensée superficielle, pauvre, laide, vaine !
Mais pressent-il la profusion de ses formes, l’infinité de son fond ? Pourrait-il concevoir qu’au-delà de sa linéarité apparente, ou bien de son illusoire « platitude », de la trompeuse restriction, de la fausse pauvreté de ses dimensions, se cachent, tapis dans les recoins de sa complexité, de la matière d’une diversité prodigieuse, des courbes d’une pluralité grandiose, des rayonnements éblouissants, des illuminations secrètes ? qu’au-delà du voile qu’il pose sur la réalité, un monde inouï se dessine, la nature transparaît : cette nature qui, timidement, à l’oeil disposé à faire l’effort de s’ouvrir, révèle l’inépuisable variété de ses charmes, sa prodigieuse diversité, sa merveilleuse élégance, — cette nature dévoilant ses lois harmonieuses et ses dimensions cachées ?
D’aucuns voient des images fixes, là où il y a des montagnes majestueuses, observent de vulgaires points jaunâtres, là où le désert étend ses incroyables dunes, examinent une immense étendue plane là où, accompagnant la danse des crêtes et des creux, d’innombrables gouttelettes s’élancent, se détachent et s’envolent. — Certaines réflexions sont vastes et profondes à ce point qu’elles abritent des mondes ; mais ces univers, on ne les aperçoit pas. Et pourtant, encore et toujours, catégoriquement, ils jugent ! — et remarquablement mal !
Somme toute, peut-être est-ce bien en cet endroit précis que réside le problème : un problème composé de deux phénomènes tout à fait emmêlés, d’un couple inséparable — un trouble de la vision, elle-même trop repliée pour comprendre, et un trouble du jugement, trop hâté, trop « irréfléchi » pour bien voir…
Considère-t-on suffisamment tous ces regards encadrés par les gigantesques murs de préjugés, tous ces yeux bornés qui transportent leurs oeillères, leurs illusions le long de ces sentiers sans fin, — de ses voies linéaires ?
Ces regards qui vident les nobles paroles de leur substance, de leurs aspérités, de leurs ondulations.
Ces regards ignorant tout des profondeurs de la pensée, de la beauté de sa nature, de l’élégance de sa courbure ; ces yeux souvent méprisants, qui méconnaissent profondément la nature même de ses attraits, — la nature de l’élégance.
Ainsi va le monde.
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