1. La nature de la conscience.
Il faudrait se représenter la conscience, non pas comme une surface fixe, rigide, un cadre immuable au sein duquel viendraient glisser les émotions, les sentiments, les idées les plus variés, mais bien plutôt comme un tissu souple, malléable : une matière, une toile, une pâte modelable et continûment sillonnée. L’attention serait alors, cette capacité du cerveau humain à donner une forme à l’étendue — cette masse inachevée, indécise, informe —, ces mains du potier engendrant, par une grande application, des constructions de toutes espèces ; ainsi, en se concentrant sur un objet particulier, il lui serait possible, à lui, l’artiste consommé dans la pratique de son art, de modifier sa propre courbure, de changer sa conformation et, ce faisant, d’imposer au contenu psychique de suivre telles déformations, telles trajectoires, telles circonvolutions de préférence à telles autres. Il posséderait le pouvoir d’influencer le cours de l’expérience éprouvée, d’orienter ses flots, ses remous même, ses messagers nerveux, ces mouvements migratoires, tous ces grands flux auparavant désordonnés, vers des voies plus harmonieuses, davantage propices. — Parmi ces circonstances, une carence de maîtrise, d’une manière toute différente, serait la principale responsable d’une configuration cabossée, d’un état défectueux, d’une géométrie morbide — la mère d’une vague éperdue, d’une onde affolée cavalant en tous sens, d’un influx à bout de souffle, ne sachant plus où il se trouve ni où aller.
2. Sustentation déséquilibrée.
Les paroles exquises sont faites pour sustenter l’esprit. Cependant, les bouches modernes engloutissent, encore et encore, tout ce qui flotte dans le champ de leurs indécentes mains. Une chose est sûre : tout estomac de pareils agissements n’est pas en mesure. La raison de cela n’appartient pas seulement au domaine du goût ; elle est bien plus profonde : là, essentielle est la physiologie, centrale la question de la nutrition. Chez les individus dont je parle, les aliments morbides insultent l’anatomie, pervertissent les processus, l’ordre de l’organisme, entravent le bon fonctionnement de la machine… de telle sorte que s’il se laissaient aller à la tentation, à des envies contre-nature, dans la promptitude ils connaîtraient l’organique décadence. C’est qu’ils n’ont pas dans le cœur un grand sac noir aveugle aspirant et broyant l’infâme aliment, mais un espace singulier, une place accordant à l’odeur, à l’aspect, à la texture, à la saveur, à la sonorité de qualité supérieure la priorité, un endroit inspiré choisissant la matière, sélectionnant ses lumières, accueillant sa substance, — sustentant son essence, son ballon… sa haute sphère.
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