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Par le langage, l’humain apprend à communiquer avec les autres et avec lui-même. Cette faculté, cette petite voix qui résonne dans les têtes, oriente les individus, leur pensée, les sociétés et l’esprit des nations.
Ainsi, peut-on raisonnablement se figurer des individus qui posséderaient la maîtrise du langage, du moins qui tenteraient de le maîtriser, et, qui accepteraient d’être traités, que dis-je, d’être maltraités, – d’être « transformés en instruments, en rouages du mécanisme1 », en « maillons de la chaîne de production2 » ?
Et chaque être ne devrait-il pas prendre à tâche de s’intruire et d’instruire, de mieux traduire ce qu’il est et la nature des choses, de mieux s’exprimer (seul et avec autrui) et d’encourager l’ensemble des hommes à l’accompagner dans cette entreprise de longue haleine ?
Car comment pourrait-on se satisfaire de l’emploi ordinaire que l’individu fait de ses sons, de l’avancement actuel de l’acquisition du langage chez cet homme-enfant, de la pauvreté de son langage intérieur et du manque d’ampleur et de clarté de son discours extérieur ?
Est-il possible de supporter encore plus longtemps cette fuite du verbe, cette décadence, cette chute de la langue… ces blancs, ce silence… cette pénurie et ce trouble dans l’expression, – cette grande et noire rivière de misère ?
Doit-on tolérer encore davantage cet écoulement qui emporte tout : la liberté, les possibilités de création des êtres humains, ses années même ?
N’y a-t-il pas urgence à développer favorablement, à améliorer la manière que l’on a de se parler, de s’« entendre », de se comprendre ? à avoir du langage une conception approfondie et une pratique aisée ? à fortifier sa pensée et à penser de nouveau à l’importance du mot et de la formulation ?
En somme, ne faut-il pas « tenir un langage nouveau », « soigné », j’entends par là soigner cette langue déjà bien malade, laquelle, faute d’attention et de soins appropriés, se dégrade, et languit dans le mépris, dans les fers, – en exil ?
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Noam Chomsky et Michel Foucault, Sur la nature humaine (Bruxelles, Les éditions Aden, 2006), 51.
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Ibid.
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