1. Intégration.
Les messages arrivent de tous côtés. Le général les considère, se charge de leur traitement ; coordonne les oscillations, les activités, les flux ; les sensations naissent ; les organes répondent au chef d’orchestre, à ses heureux commandements… : la prodigieuse intégration est. Corps, émotions, sentiments ; passé, présent, futur ; conscience de soi… : au sein de l’être, l’unité mystérieuse jaillit de la variété ; au milieu de cette matière et de ces formes, en pleine indétermination, au cœur de l’écume, celui-ci s’assemble, se forme et se reconnaît. La belle conscience ne néglige point les intimes données, ses plus valables affaires, car elle sait la valeur des humeurs, des murmures, des rumeurs ; elle ne le conçoit que trop, leur validité et leur inestimable intérêt. Ainsi, que certains puissent être dans cet état où les nobles matériaux au plus au point leur sont indifférents génère devant leurs yeux un vaste mystère.
2. L’expansion de la plume.
L’important n’est pas de savoir si tel auteur à la stature de Goethe ou de Valery, ou, même, si, suivant Mauriac, « il existe en tant que “planète”, s’il constitue un monde clos », mais s’il réunit en soi les conditions nécessaires, les lois physiques fondamentales, s’il abrite suffisamment de chaos, de puissance, de soif de lieux et de durées : si son moteur se nourrissant d’explosions, après avoir été en mesure de mettre au monde un univers, est capable, sans discontinuer, d’enfler la poitrine de ce dernier… La vraie question est donc de savoir, quels que soient la taille actuelle de l’écrivain et les espoirs qui courent à son sujet, s’il porte en soi les choses et les formes qui adviennent, le souffle créateur — ces germes de l’expansion.
3. Tourne, tourne, tourne…
En maintenant son attention dirigée et concentrée sur un objet particulier, celui-ci se précise, s’affine, se détermine ; dans un espace mental devenu le sien et qui ne finit point de se creuser, il prend forme. Les affects et les conceptions d’ici et d’ailleurs, c’est-à-dire ces matières, ces énergies psychiques jadis éparpillées, bientôt empruntent les nouvelles voies de la région déformée. Tandis que ce fond et cette forme s’accouplent et tourbillonnent élégamment, la dispersion de la pensée, qui auparavant hurlait comme une forcenée, s’amenuise, épuisée. Le flux psychique, canalisé, sûr de sa force, se dresse au-dessus de lui-même, pareil à une chaîne de montagne à l’horizon, puis semble se replier, avant le grand plongeon, avant que de se jeter complètement dans la « dépression », à l’intérieur de l’objet, de la structure nouvellement constituée. La diversité des aspects dont se revêt cette destination est des plus étonnantes ; les tourbillons au sein desquels les âmes aiment de se déverser grandissent dans une différence innombrable : tel homme plonge dans la drogue ; tel autre est avalé par les dogmes ; d’aucuns vont se baigner dans le lac des arts ; un autre groupe jouit de la science… La terre, les têtes, les passions toujours tournent, tournent, tournent… — Certes, toutes les rotations ne se valent point, cela est l’évidence même, il en est des bien plus heureuses que d’autres. Mais qu’importe ? puisque, de tout ceci combien se soucient ?
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