1
Faire comme si
Sa conscience pénétrait en profondeur
Dans le sable, dans la poussière,
Dans le vide, dans le vain ;
De l’ignorance, de la faiblesse,
De la platitude, de l’insignifiance
Son jugement entièrement soûl
Allait bien au fond.
Il avait été prévenu du noir danger,
Mais ses oreilles, mais sa déraison
Ne percevait que de naïfs chants :
Son ami éprouvait la difficulté,
L’impossibilité même de la tâche,
Cependant qu’aurait-il pu faire de mieux ?
Il se devait de… Il fallait faire comme si.
2
Absence d’obstacles
Absence de talent approprié
manque de formation
qu’importe ces obstacles
à l’âme dont le caractère
dont les racines mêmes
s’abreuvent dès l’aube
de l’éternelle grandeur
3
Terre brûlée
Racines presque nues,
Troncs cruellement laids,
Terre toute brûlée,
Vaste étendue désolée…
Mais, à l’horizon, une forme —
Bien vague présence.
Se révélant dans les yeux,
En une imagination si vagabonde,
Est-ce cet objet précieux,
Ce dessein prodigieux —
Est-ce l’Art lui-même
Qui en soi se dessine ?
4
Visages austères
Faces moribondes,
Comme marquées,
En la persévérance,
Par le Burin du temps,
De la profonde Misère
Funeste Instrument.
Parmi les tristes visages,
Sont bien enfoncés,
Bien installés les sillons accentués,
Traces d’une indomptable force,
Signatures tant affreuses
D’une destinée impétueuse.
5
Visage aspiré
Je te regarde et cherche en ton visage
De ton âme l’expression, la forme, le rivage ;
Mais plus je m’enfonce dans cette vision,
Plus les contours semblent s’échapper :
Comme si la matière s’évanouissait,
Comme si, en se mêlant à l’immense foule,
Dans un tourbillon de fatalité, peu à peu,
Mais certainement, elle se trouvait aspirée.
Photo © iStockphoto.com / Grandfailure
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