1
Encres fluentes. — L’encre de quelques auteurs coule, virevolte sans cesse ; chez eux, le style, la manière, mais aussi le fond, tout est aisance, mouvement continuel, changement permanent — jusques au pont de la forme et du sens, semblable au temps, en sa géométrie même, leur esprit devient… comme insaisissable.
2
Des myopies. — Autant que je sache, pour autant qu’il m’en souvienne, rien ne sert de s’évertuer pour corriger, quoi qu’il en coûte, les mœurs, les travers, les hommes. Car, si par des instruments il est possible de faire disparaître la myopie, d’autres troubles, bien plus profonds, réclament, quant à eux, des moyens à ce jour inconnus : une méthodologie, un processus, un traitement, une chirurgie encore inhumaine.
3
Cercle de badauds. — Qu’ont-ils tous à apprécier les scènes les plus quelconques, à ressentir de l’admiration pour tout ? D’où vient que tous s’attroupent, que les cercles se forment, que les vrais badauds existent ? Une idée est lancée, aussi étrangère que sotte, et les voilà qui déjà, le menton baissée et le font bien plat, montant sur leur âne, s’exaltant sur la raison défaillante et la personnalité superficielle, dans une généreuse ardeur, un élan bien niais, s’empressent de la suivre. Le manque de jugement erre par les bois, par la campagne, par les villes. Parmi la bassesse, le bois sacré des Muses est tout à fait délaissé. Les lèvres s’ouvrent, tant agiles, tant obstinées, fût-ce au-delà de l’intelligence, tant intrépides, tant ineptes également… Comment ces peuples se sont-ils adressés à la bêtise, à la sottise, au conformisme ridicule et rigoureux plutôt qu’à d’autres ?
4
Ramure du bonheur. — Il ne peut y avoir de chemin unique conduisant au bonheur, car, quand même des lois universelles gouverneraient l’attitude d’un certain nombre d’affects et de pensées, voire leur nature, chaque personnalité étant foncièrement très particulière, toute voie ne saurait qu’abriter des erreurs ou des inadaptations. C’est à l’individu qui a pris le temps de se connaître qu’il appartient, face à chaque alternative, de juger par lui-même si la branche des possibles où ils transportent ses pas est en accord avec son caractère ou non. Lui seul est en mesure de trancher, sans risquer en l’égarement de par trop tomber, la question de son appartenance au « conforme » ou au « difforme » de la voie qui veut ou qu’il laisse l’envelopper.
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