Un homme, juché là-bas sur son mât, n’avait pas rejeté la maladie. Comment le pouvait-il, bien que le préjugé, la société, l’autrui cependant insistant, employât tout son réseau de forces pour l’y contraindre, et se démenât comme si l’accomplissement de ce dessein était chose possible ? Mais combien notre ami savait, au fond, que la santé n’est pas le contraire de l’affection, que le duo d’opposés, ici, comme bien souvent ailleurs, n’est qu’une illusion tenace ! Combien ce fin connaisseur de la psyché sentait que Morbidité et Sanité s’adonnent depuis toujours à une sorte de perpétuelle danse ! que l’homme sain ne réside, en définitive, non pas dans un état rigide, mais dans un processus dynamique, dans une désintégration de la personnalité constante, que la sérénité elle-même est une quête continuelle de la stabilité : pareille à la marche, une suite harmonieuse de déséquilibres sans cesse rattrapés — un mouvement essentiel, un trouble salutaire… un rétablissement permanent ! Oui, dans son monde, face à l’incrédulité de la foule, le sage haut perché continuait de soigner ses humeurs, avec une délicate et sérieuse attention. Ainsi, face aux vagues de pensées négatives tourbillonnant sans fin, aux creux et aux crêtes déroulant leurs formes sinistres, leur funeste figure, face à ces lames mugissantes crachant les menaces, répandant leurs eaux macabres, leurs périls sans relâche, le navigateur averti continuait d’avancer dans la constance et la promptitude, contournant les spirales assoiffées, chevauchant les humides obstacles, surmontant écueil après écueil. Un marin, cheminant au loin, de hasard aurait pu alors apercevoir, dans la tempête, en pleins tourments, au cœur de cet étrange océan : une personnalité, une âme toute dressée ; une volonté formidablement sûre de sa connaissance ainsi que de sa puissance… de sa bonne destination comme de son éternelle guérison.
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