1. Émanations fuligineuses.
Il serait bon de s’asseoir près de la cheminée, puis de favoriser la belle rencontre, celle entre tous ces livres médiocres et la noble flamme. Dans cette pièce hautement utile, l’effondrement des bûches nous ferait l’effet d’une belle mélodie, on y respirerait une atmosphère douce et se réjouirait de ces pertes qui enrichissent tant. Cependant on préfère, semble-t-il, respirer la poussière, avaler les inepties, les paroles néfastes — on choisit la fumée ondoyante, la fumée qui intoxique.
2. Déplorables médecins.
De nombreux malades se soignent eux-mêmes. Fixé à leur bras, un goutte-à-goutte les seconde dans leur entreprise. Le médicament, lentement et régulièrement, pénètre en leur organisme, la mauvaise humeur s’installent, — et cependant les grincheux s’étonnent de ne point prestement guérir !
3. Ceux qui écrivent avec les doigts.
En compulsant certains ouvrages une conclusion devrait s’imposer, telle une évidence : d’aucuns, écrivent avec leur tête ; un grand nombre, avec les doigts.
4. Déviants, dissidents, divergents, et autres petites bêtes.
Ils accélèrent l’histoire — laquelle s’était comme endormie —, dévient le cours de l’habitude, troublent la tranquillité de la routine… C’est une question de fait : « Tout commence par une déviance qui, dans certaine conditions favorables, devient une tendance1. » (E. Morin) Ce sont les personnalités marquantes, les âmes flottant dans la différence qui, par leurs propriétés intrinsèques et leurs actes en dehors des types communs, nourrissent le changement. Ainsi, on peut toujours s’évertuer à les emprisonner, les vilipender, les pendre sur les places publiques, il n’en demeure pas moins qu’elles portent l’avenir sur leurs ailes fragiles, qu’elles constituent ces locomotives tirant les wagons humains sur la voie ferrée inconnue — vers des destinations étrangères tantôt meilleures, tantôt pis.
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Boris Cyrulnik et Edgar Morin, Dialogue sur la nature humaine (Coll. l’Aube poche essai, Éditions de l’Aube, 2010), 58.
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