1
Désir d’artiste
Au fond, le ressort du musicien,
Le désir même du peintre,
L’intime aspiration de l’artiste
N’est-elle point ordinairement de se savoir,
Du moins pour quelques instants,
En une âme isolée, mais parente,
Considéré et un peu compris ;
De pouvoir s’étendre sans crainte,
En fleuve courageux, impétueux,
En élément naturel, bien vivant,
Et l’âme libre, et la conscience claire,
Parmi le sein si rare d’un ami inattendu —
À l’intérieur de cette Compréhension vive,
En plein cœur des affinités électives ?
2
Se faire jour
Fausse personnalité…
Mais au travers des masques
Peu à peu elle s’éveille,
Des profondeurs
Vers la surface
La vérité jaillit —
La conscience se fait jour.
3
Les âmes de boue
Ruelles, avenues, cités pleines de boue,
Ceux-là tombent, et bien souvent rient,
Ceux-ci se débattent, et ne s’en aperçoivent,
Si peu se relèvent ; qui est-ce qui s’en soucie ?
Des bains, des bains, combien sont nécessaires
En vue de combattre les mortelles affections,
De vaincre l’invisible ennemi, cette sinistre fange,
De bannir le noirâtre, le hideux, le si méprisable ?
4
Ardeur infatigable
Création continuelle
fortifications de l’esprit
le cœur s’émerveille
préservé de la fatigue
5
Le ponceau
Étrange ponceau,
Ravin tout étroit ;
La valeur est proche,
En face, à côté —
Pour l’âme enjambant
L’acide sourire.
6
Terre à terre
Que ne se languissent-ils de toi,
Toi le relief, le piquant, toi la saveur ?
Et que se jettent-ils en si grand nombre
Dans le plat, le terre à terre, le vulgaire ?
N’abandonneront-ils donc jamais leur conduite ?
Les croit-on bâtis pour abjurer quelque jour
Toutes leurs belles et puissantes erreurs,
Toutes ces visions enchanteresses,
Ces principes mystificateurs ?
7
Coudées franches
Que son être désire jouer librement !
Combien les choses et les personnes
Paraissent conspirer à le contraindre !
Mais le voilà qui proteste heureusement ;
Sa volonté s’insurge, se déploie tout à fait —
Conscience trop altérée de coudées franches.
Photo © iStockphoto.com / Archv
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