1. Des reliques sacrées du passé.
Que l’on éprouve une satisfaction consommée en découvrant, émergeant de l’étrange et épais brouillard du présent, tels des pics majestueux, ces êtres du passé créés pour la grandeur ! Chacun de leurs pas semblent encore les emmener toujours plus loin, toujours plus haut… vers des contrées continûment enneigées, vers ces espaces introuvables. Les terrains escarpés, par leur esprit incomparable en de joyeuses aires de jeux sont transformés, métamorphosés à ne pouvoir l’être davantage ; sur les pentes de l’érudition, du bon goût, du gai savoir celui-ci folâtre, tout léger ; oui, il ne sait point gravir, il ne l’a jamais appris : il glisse, flotte, promptement se déploie — et prend son envol. Et nous voilà, nous autres, dans la suite des années, des siècles, des millénaires ; nous voici heureux de nous baigner dans l’admiration de ces grandioses apparitions, dans l’éclat de nos intemporels ! Et comme leurs talents, leurs exploits, leurs œuvres étalent leur visage, semblable à cette auguste mer bercée par l’onde calme, sur une humide toile somptueuse à l’écart des rides ! Comme en présence de ces éternelles jeunesses, de ces forces intarissables, de ces formes, de tant de beautés notre plaisir enthousiasmé se sent plein, notre reconnaissance profonde, notre jugement, de même que notre respect, bien confiant ! Et comment en pourrait-il être autrement ? — Comment saurions-nous nous tenir en dehors de la constance, de notre belle assurance, face à de tels trésors, de si singulières créatures — face à de pareilles reliques… à ces phénomènes angéliques de la nature ?!
2. Le Contempteur et le Bienfaiteur.
Un énergumène s’avança vers un homme assis tranquillement sur un rocher, puis, l’ayant longuement dévisagé de manière indiscrète et impertinente, en se donnant de grands airs et en pointant son audace vers le cœur serein le traita de fat comme de fou. L’homme se leva et, l’esprit perturbé, tâchant d’oublier, se résolu à tenter la poursuite de son paisible voyage ; mais bientôt une profonde satisfaction l’envahit brusquement : « En effet, comment m’évertuer à exprimer ce qu’il y a de digne, de supérieur, de noble dans les choses, comment m’efforcer de célébrer les exquises délices de la nature et de l’esprit sans risquer d’être tenu par la foule pour l’un des plus imposants parmi les suffisants ? Une telle entreprise excéderait tes possibilités : il te faut l’accepter en te disant que cela n’a rien que de très humain ! » s’écria-t-il en et à lui-même. Ainsi, il fut grandement satisfait des désirs secrets que son contempteur abritait qu’il devînt au plus vite davantage assuré dans l’autosatisfaction, accompli sur la voie vers le grotesque parfait. Aussi, affermi en son sentiment, prit-il la décision de tourner bride sur-le-champ et d’aller remercier son bienfaiteur — mais déjà, dans le temps et l’espace, vers d’autres ailleurs la langue bifide avaient été emportée.
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