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L’âme des peuples à faim : elle mange tout.
Sa nature est celle d’un esclave qui ignore même la condition d’affranchi.
Cet aveuglement dans le violent appétit, ce précipice dans la gueule de l’esprit, est une objection pour la délicatesse, pour le noble raffinement, pour l’art de méditer.
La noblesse des pointes, la subtilité de la pensée, la hauteur de ses piquants, semblent toutes tomber dans une sombre incapacité : celle de réveiller les besoins et les instincts véritables dans les corps et dans les têtes – l’incapacité de susciter et de révéler le goût rare.
Car celui-ci est altéré dans sa physiologie, ne le perçoit-on pas ? Ici, maintenant, c’est la saveur même qui est méconnue, qui devient toujours plus étrangère ; ce sont les papilles qui sont touchées au sein de la grotte obscure des cultures actuelles. Et elles oscillent dangereusement, les estropiées !
Pourtant leur situation réclame, de toute urgence, des soins attentionnés, une rééducation adaptée, faute de quoi elles seront englouties, et leur hôte avec elles, par l’affamée : par le goût dépravé, mauvais, – par la Vulgarité…
Nos sociétés incurieuses les ont laissées se déformer et trébucher, hélas ! Mais n’ont-elles pas compris que rien n’a plus de valeur qu’un estomac reformé… qu’un plaisir, qu’un désir davantage « élevés » – qu’un appétit bon : réhabilité ?
Ainsi, d’où provient le grand dégoût qui dans les cœurs sensibles demeure ? – Cela provient de ce que, ces vérités, les yeux s’obstinent à les refuser, persistent à ne point les goûter !
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