1. Des esprits éminents.
On peut distinguer deux sortes d’esprits éminents. Ceux qui sont comme nés « massifs », « imposants », « titans » ; et les autres, d’une émergence plus légère, mais abritant un potentiel de développement colossal : une force, une flèche, un souffle irréversible déversant une prodigieuse expansion en chaque point de leur conscience. Toutefois, pour l’un comme pour l’autre, l’environnement est primordial : il faut que la subsistance disponible soit en quantité et de qualité suffisantes, que le gaz, les particules, les fragments, le matériel, le disque d’accrétion enveloppant leur foyer soit à la hauteur de l’enjeu, qu’il contienne les éléments nécessaires à l’alimentation, au fonctionnement d’un organe difficile ne se nourrissant que de carburant pur et dense, de pensées sublimes, de suc, de quintessence — il faut que leur insondable cœur vibrant puisse continuer à inspirer et expirer, à s’inspirer pour ne point s’essouffler, à se bien remplir pour ne point rendre… le dernier soupir.
2. Des fenêtres dans les grottes.
Le mystère est là, sous les yeux de l’humain, paisible. Il ne manque plus, pour percevoir la splendeur des choses, que de bons instruments et de bons yeux ; et des bras puissants, qui trouent les murs, qui créent des fenêtres afin que l’air vivifiant, les beaux rayons puissent entrer, afin qu’à l’intérieur des grottes, de ces régions dans la pénombre du soir, humides d’ignorance, les nouveau-nés soient en mesure de plaisanter et de folâtrer dans et avec la salubrité, la lumière : des membres d’astronomes audacieux donc, conquêtant dans l’immensité, des voyageuses et voyageurs de la connaissance propulsés par le seul ressort de leur fabuleuse curiosité ; des astronautes de l’infiniment petit — cette pensée aux doigts fermes sachant saisir le concret, la biologie, la chimie, la physique, les mathématiques, l’abstrait à pleine main, en s’étonnant de tout et toujours, en souriant amplement, en, devant tant de beautés… s’extasiant entièrement.
3. Singularité illuminée.
À quoi reconnaît-on les personnalités d’exception ? Lorsqu’elles se laissent happer par le tourbillon des mondanités, elles finissent par s’effondrer ; — et la raison en est simple : comme leur masse considérable impose, en tant que condition d’existence, des raisonnements, des combinaisons, des collisions, des réactions thermonucléaires, en somme, des productions, des créations en vue de maintenir l’équilibre, il suffit d’empêcher un tel corps, une telle âme, une telle composition de donner le jour pour que cet astre gelé, n’ayant plus d’autre voie à sa disposition, ne fasse autrement qu’emprunter celle l’aspirant en sa propre destruction. Ces individualités doivent accueillir en elles, et perpétuellement, le mouvement, l’évolution, l’effervescence. Et c’est uniquement de cette manière, c’est-à-dire en cessant d’opprimer systématiquement ce qui sourd de tous côtés dans leur sein, que chacune d’elles devient capable de favorablement se hisser à cet état de phénomène extra ordinaire, unique : — une singularité viable, pleine, illuminée !
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