Des lunettes nouvelles
doivent être construites,
et devant les yeux ivres,
bien placées et fixées ;
car rien n’est plus glissant
que les globes oculaires,
que les sourdes oreilles,
que les ailes du nez
des idiots, des géants —
des aveugles : des fous.
De l’aveuglement du globe
Lorsqu’augmente ma force,
tes droits, eux, diminuent ;
ma faiblesse sentie,
les miens te sont soumis :
puissance et droits se mêlent,
comme Nietzsche l’évoque1 —
le fort fait ce qu’il peut,
le faible ce qu’il doit,
écrivait Thucydide2.
Et de là sont venues
les inégalités
et bon nombre de crises :
de là l’oligarchie
et la ploutocratie.
Valable est ce principe
pour les individus,
pour les liens entre États
et le champ de bataille
de ces nuées d’idées3.
« Ô rage ! ô désespoir4 ! »
Aveugle est cet humain
manquant de profondeur !
Embrouillé est l’esprit
de ce joueur d’échecs,
dans cet arbre5, empêtré,
des variantes obscures !
De ses pensées et actes
toutes les conséquences,
toujours plus floues paraissent.
Que lointaine est l’image,
qu’étranger est l’impact,
pour un calculateur,
pitoyable, ô combien !
Des opticiens meilleurs,
pour un regard plus clair,
une compréhension
de cette position,
toutes ces analyses —
en vue d’une vision,
concernant le réel,
et pénétrante et juste,
pour des coups prometteurs :
tout ceci est requis.
Des verres bien nouveaux,
devant chaque conscience :
une manière neuve,
de voir, de concevoir,
de sentir, ressentir,
d’apprendre et de comprendre,
d’aimer, de rassembler —
la sagesse attend,
que l’aveuglement cesse :
cet obscurcissement,
la grande cécité,
l’aveuglement des sots.
- Friedrich Nietzsche, Aurore (Paris, GF-Flammarion, 2012), 110.
- Dans Futures proches, Noam Chomsky cite Thucydide selon lequel “le fort fait ce qu’il peut faire et le faible subit ce qu’il doit subir”. Cf. Noam Chomsky, Futures proches (Lux Éditeur, 2011, 2010), 26.
- Dans La créativité, Mihalyi Csikszentmihalyi écrit : « […] la compétition entre memes, ou unités d’information culturelles est aussi féroce que celle qui sévit entre les unités d’information chimique que nous nommons gènes. » Cf. Mihalyi Csikszentmihalyi, La créativité (Paris, coll. Réponses, Éditions Robert Laffont, 2006, 1996), 45.
- Corneille, Cid, I, 4.
- « … “l‘arbre d’analyse” est une méthode très importante de la réflexion aux échecs… » Cf. John Nunn, Les secrets de l’efficacité aux échecs (Montpellier, Olibris, 2008, 2007), 9.
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