1
Beatitudo. — Il s’arrêta un instant, se retourna et, songeant d’où il venait, où il était et où il se rendait, sentit l’envelopper promptement la jouissance extrême, le bonheur sans bornes… : imprégnant le présent, la réelle félicité terrestre. À la vue de ses idoles abandonnées, de ces convictions erronées mises de côté, de l’éloignement des immenses méprises, il éprouva, pour la première fois, un sentiment sans pareil, respira, se délecta d’un air indicible : d’une satisfaction sereine, d’une gaîté, d’une plénitude — d’une douce béatitude.
2
Nature expansive. — Limites, mais aussi force répulsive, expansion de la nature même de la pensée ; instrument donnant l’aperçu, et véhicule amenant en plein inconnu ; outil reconnaissant certaines sensations étrangères, ouvrant sur les phénomènes internes et externes tapis en l’indicible ; destructeur d’habitudes de perceptions, d’habitudes de réflexions et d’habitudes d’actions ; créateur d’alternatives, bâtisseur d’hypothèses, de systèmes, d’empires… Ô lettres, ô concepts, ô recherches ! Ô Verbe, que tes pouvoirs, que tes vertus, que ta force ressent l’altitude ! Hélas ! si essentielle entité, combien à présent ta figure éprouve ce profond mépris, cette ignorance, cette indifférence : par le nombre toutes les impuretés sur ton corps déversées !
3
Couleurs de l’encre. — Si l’alternative est présente, petite plume, délaisse le malingre, le vicié, le triste, le morbide, et choisis le vigoureux, le frais, le gai, le sain. La délicate question des influences, pour autant que nous sachions, se présente quand ton humeur, ta complexion, ta nature, quand tout en toi et à l’extérieur te semble réclamer le sombre : — l’encre ne doit-elle alors couler que pour que l’on voie se répandre en toi et alentour des teintes claires et dansantes ?
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