1. Égalité du vouloir.
Cette égalité du vouloir effraye le commun, parce qu’il ne s’y mêle plus à ses inconstances, à ses fantaisies larges et ondulées, à ses vagues capiteuses où il tourbillonne sans fin. Ô conscience incurieuse, jusqu’où mèneras-tu la dérive, sans te résoudre à l’action profitable ? Que deviennent tes beaux aujourd’huis, tes vivaces demains, tes hiers grandioses, lorsque tu renvoies l’essentiel à un autre temps, avec tes lundis froids, tes jeudis moroses, tes dimanches plus vieux ? Combien les occasions manquent toujours, combien les conclusions ne viennent pas, quand tu nourris tes inconséquences, et que la verdeur même tombe en remise chaque matin ! On a beau vous reprendre de vos illusions, vous montrer vos propres abîmes, la faiblesse continue de vous astreindre aux travaux indésirables, et vous vous y enfoncez encore et encore. Endurez donc que nous vous fassions dommage en vos pratiques, vous qui n’offrez la noyade qu’à vous-mêmes. — Ha ! jugez un peu comme ils aiment à se perdre par le vain, comme ils passent indifférents à des saisons si printanières et si fructueuses.
2. Ingratitude publique.
Nous chantons la gloire des éminents hommes parce qu’ils nous ont tous les jours portés en eux, dans leurs méditations et dans leur sommeil, dans leurs causeries et dans leur refuge, dans le privé et dans le publique, dans les honneurs et dans l’opprobre, dans leur confusion et dans leur harmonie, dans leurs triomphes et dans leurs disgrâces, dans leurs étonnements et dans leurs stérilité, dans leurs productions et dans leur crépuscule. Ils vivaient comme s’ils n’eussent découvert ni de forces, ni de légitimité, ni de bonheur que pour le progrès véritable des esprits ; ainsi comment réagirions-nous d’une autre sorte ? Combien une telle vie tranche auprès de l’ordinaire, combien une telle conduite leur fait honneur ! Ô témoignages si pauvres de la reconnaissance commune ! tous vos oubliés sont pourtant si dignes que vous leur dressiez maints autels. Ils ont toujours pensé des pensées de vie et non point des pensées de mort, et nous ne daignons pas même les rencontrer, nous ne voulons pas seulement les lire, les voir, les entendre ! Trop de presse, trop d’inquiétudes, le peu de loisir vous en barre l’accès, dites-vous. Ha ! mais nul prétexte ne s’oppose à une obligation si supérieure !