1
Anticonformistes
Toi, la personnalité continuellement neuve,
Accueillant dès l’enfance les édifiantes lectures,
Fréquentant les valables maîtres, les cercles novateurs,
Emplissant d’idées d’une autre espèce ta libre conscience,
Délaissant sans relâche les vils microcosmes,
T’échappant pour jamais des champs grouillants d’aveugles fourmis,
Préférant sans faiblir la poursuite du réel aux préjugés les plus grotesques,
Élisant la recherche ardue de la chose fondée,
Vouant un profond mépris aux incompréhensibles chimères imposées,
S’adonnant au travail intérieur dans toutes les règles de l’art,
Toi ! la Tête, la Sphère toujours claire toujours fraîche !
La source pure baignant dans un perpétuel développement,
C’est en ta compagnie que nous voulons sentir notre onde sourdre,
Que nous formons même voeu d’y boire :
En hissant au-dessus de l’auguste table bien haut notre verre,
En élevant de grands chants en l’honneur de l’inappréciable Valeur —
En adressant nos gais vers au dieu du vrai et du beau !
2
Maturité et communauté
Observez-la, gambillant sur le fil ténu de la pensée,
Vers les hauteurs : considérez notre funambule !
Tout illuminée, remarquez l’âme artiste !
Négligeant l’embarras,
Fréquentant les audacieuses idées,
Foulant joyeusement les étroites crêtes montagneuses…
Défiant les lames océaniques,
Survolant la variété des groupes, le nombre des partis,
Rétive aux mers, aux forêts, aux déserts d’idoles, —
La nature ailée échappe aux coreligionnaires,
Et la voilà au-dessus des maux divers.
Voilà s’éloignant des terribles cachots la volante créature !
Et certes elle porte en soi une tristesse,
Une plainte amère qui continuellement voudrait rogner ses ailes,
Mais comment en d’autres airs saurait-elle perdurer ?
Oui, comment sa maturité éthérée, à une pareille atmosphère,
À une telle communauté de convictions, à ces bagatelles,
À ces nombreux éléments viciés qu’adorent ses frères s’accommoderait-elle ?
Photo © iStockphoto.com / andrewgenn
Laisser un commentaire