1. La matrice divine.
Dilatez en votre esprit les preuves de l’incertitude : affermissez le doute et, sapez les barrières de la conviction, pour la saine conviction, qui ne donne point de limites à l’« inconnaissance » fondamentale. Celle-ci connaît la souplesse, la puissance, l’irréductible ; elle veut s’offrir une étendue infinie, et qui s’oppose tant soit peu à son domaine écorche sa souveraineté.
Débordez de l’entrave ou contenez-vous strictement. Célébrez votre permis, et inhumez-vous ! ou bien croyez en la Nature, — croyez en les dimensions muettes et éternelles de la matrice divine.
Rejoignez les prudents, dans l’exclusion de toute doctrine. Lorsque vous arbitrerez les querelles adjacentes, vous direz à l’un : « Vous n’avez point tort » ; à l’autre : « Vos reproches sont fondés ». Et quand un témoin se plaindra que vos paroles taisent le paradoxe, vous lui saurez rétorquer : « Vous également, cher ami, avez découvert le vrai ».
2. Riantes doctrines.
En plein désordre, dans le songe de travaux guerriers, les maîtres recourent à leurs funestes armes ; sangliers brutaux, loups mortifères, algides serpents : museaux, griffes, venins hurlent, projetés sur les rivales.
Mais lorsque, le ciel rembruni, un surcroît d’alarmes fulgure, les mortels esclaves se retournent contre leurs dompteurs, telles des puissances irritées, en un terrible réveil.
L’écume s’enfle, la rage éclate, le rouge se déverse ; les chairs se dénudent et s’éparpillent, les crânes se creusent sous les multiples piétinements ; les démons pilonnent de tous côtés ; — et les hauts et athlétiques seigneurs tressaillent, et ils s’efforcent en vain à la fuite.
Les orgueils se figurèrent domestiquer les créatures ; ces énergies sépulcrales, invoquées lors d’une imprudence unique, crûrent, et se rebellèrent.
Ainsi parmi la bataille contre les inquiétudes humaines, ces monstres illusoires, — la maîtrise des confessions providentielles, ces préceptes tant gouvernables qu’inoffensifs pour leurs hôtes…
3. Cuirasser ses membres.
Tu devras cuirasser tes membres, jeune poétesse, si tu désires jamais te tenir droit et t’élever vigoureusement. Dès l’aube, apprends donc l’amour des travaux champêtres. Par tes soins vers cette culture délicate, ton nez devinera sans doute la pudique éclosion des rieuses variétés, et ta bouche les mollesses des fruits même les plus sauvages, rehaussant ta peinture morale avec de beaux vergers.
4. La face de la Nature.
Ô natures incommodes, écoutez, et apprenez de la Nature que vous ne devez posséder d’yeux que pour admirer et faire admirer Madame, de souffle que pour inspirer la Nature, de palais que pour savourer ses largesses, de force que pour faire admettre ses lois ; et enfin que le jour ne vous a été accordé que pour le sentir, l’apprécier, l’exhausser, et pour le rendre humblement à la Nature.
Mais qu’entends-je ? Qu’est-ce-ci ? Des tertres montent vers le ciel les mêmes empressements : « Secourez-nous, Très-Haut, Grand Être, Éternel ! » ?
Ho ! avec quelle peine nous les voyons ajouter au malheur de leur condition celui de ne point reconnaître leur Mère, celui de toujours se tromper… de face !
5. Miracle et causalité.
Le miracle est-il probable ? Entre un objet, un être, un phénomène, et le prodige, dans cet intervalle d’énigmes, une causalité se masque-t-elle ? Le nœud du problème ne se desserre point, de certitude, ailleurs. Mais on persifle la méthode scientifique ; on la connaît, on la sabote. Or que craignent-ils, puisqu’elle ne sait dissiper que les faux mystères ?…