1
L’éternel retour
2
Hibou hue
3
Le vaisseau
4
Peigner la girafe
5
Êtres frappés
6
Nature des tiges
7
L’enjeu
8
Absence de silence
9
De la bêtise absolue
« Considère la Bêtise, disait-il, comme une manière de royaume s’accroissant au-delà de toute limite, possédant une étendue se tenant à l’écart de l’intellection, s’étalant sans fin par-delà l’humaine horizon, par-delà la vaniteuse Raison, une sphère indéfinissable, un infini d’un rang autrement supérieur : un Infini Absolu, — plongeant ses racines dans un puits insondable où hurlent les vents de la folie, repoussant perpétuellement des bornes pour ainsi dire physiquement floues, vagues, inexistantes. Il est nécessaire que tu mesures la portée de ces quelques mots et que tu avances peu à peu dans l’ordre de la connaissance afin d’être en mesure, sur l’étrange pente, de t’élever, puis un jour, de t’arrêter et de réaliser la densité de la sentence : « Au-dessus d’Elle, nulle chose n’est à même d’exister ». Mais, compagnon, ne va point cependant songer la figure d’un monstre formant un mal effroyable, t’imaginer une créature destructrice de l’âme ; son existence rend possible, pour ce qui concerne l’esprit de l’homme, et au-dessus du néant, l’émergence, — et davantage, le maintien de cette conscience, son développement, son épanouissement ! C’est ainsi que Bêtise constitue ce démiurge prodigieux, presque impossible à caractériser — une sorte de divinité créatrice d’univers sans égale. »
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