1. Désintégrations négatives.
Là-haut, de géantes bouches noires engloutissent les cités, les civilisations, les nombreuses entités… les mondes à milliers ; des supernovæ, en étreignant la mort, en fécondant le cosmos se donnent pour ainsi dire à la vie ; des galaxies, des titans célestes se livrent entre eux des batailles gigantesques ; — et cependant les hommes continuent de se morfondre dans leurs grandes et quotidiennes alarmes, ce faisant réalisant l’exploit, au sein d’une trame tant complexe, tant bigarrée, tant stupéfiante, de se charger de fardeaux continuels d’une superficialité inlassablement croissante : les âmes amères font un tour de force, périr dans l’humide estomac du « fort commun », se livrer, sans discontinuer, à la petitesse et à la vulgarité d’une existence toute prévisible, pauvre — de misère. C’est qu’ici les personnalités s’échinent, parmi des cataclysmes d’une violence incroyablement comparable aux premières, pour s’abandonner aux désintégrations ne produisant absolument rien, si ce n’est un chaos prodigieusement vain, si ce n’est ces désagrégations physiques et psychiques d’une espèce fort particulière — la plus dérisoire, la plus stérile, voire la plus mesquine.
2. L’effondrement.
L’esprit qui dans sa course rencontre la pensée nihiliste pour la première fois évoque fréquemment cette étoile éprouvant différents stades de développement. Ce processus suit les voies creusées par certaines lois ; la forme évolutive dépend des propriétés initiales de l’astre, de l’environnement, et parfois même d’un genre de hasard ; et de tout ceci s’ensuivent ou non de pauvres ou de multiples réactions intérieures. Ainsi, la conscience connaît par expérience différents états, enfle, puis s’effondre sur elle-même. Et le résultat de toutes ces transformations, quand bien même un observateur détiendrait une parfaite connaissance des mécanismes entrant en jeu dans cette intime affaire, se rit régulièrement des plus sérieuses prédictions.
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