Bien curieux personnage que cet homme moderne remplissant ses grandes cités industrielles. Multipliant les heures de travail, subissant toujours davantage les effets sournois du stress, le grand nombre dévore, sans le savoir, les minutes accordées par la destinée, et se retrouve, à la tombée cendreuse du soir, dans un état d’épuisement, dans une telle lassitude de l’âme que les secondes restantes sont négligées, méprisées — expédiées… ad patres. Ô existence humaine ! — À l’entrée d’un village à l’écart est une source merveilleuse. Lorsque le visiteur curieux s’en approche, il perçoit, quelquefois, de singuliers jaillissements, de fort étranges paroles, les perpétuelles vérités. S’abandonnant au rythme pur, au limpide son du griffon, et non sans une vague, une vaine, une certaine appréhension, il recueille les eaux célestes : « Si demain tu songes à un monde sans les excès, les gaspillages, cette vaste méprise pour ce qui est des choses sans prix, que tu te représentes des âmes regardant clairement en elles-mêmes, des consciences ayant la vision bien moins troublée, et que tu sens les souffrances innombrables se noyer alors dans l’étendue des profondes satisfactions, et que, en ton esprit, l’image de créatures ainsi lavées de leurs pensées souillées se forme, l’image de consciences dans une gaieté insoupçonnée se laissant aller à la fontaine des douces et joyeuses félicités… que… — comme tu baigneras dans une histoire délicieuse, une mer de délices infinie pour les sens et l’esprit, comme ce monde-ci, plutôt que ce monde-là, plaira à ton cœur, et comme celui-là s’opposera, dans la suite, à ce que tu retournes en ce dernier !… » — Et le voilà, l’esprit purifié, après maintes et maintes visites, moult écoutes, qui recouvre la vue et sourd avec force : « Oh ! en aucun temps elle a goûté un liquide désaltérant, une substance supérieure, une nourriture substantielle, après des épreuves harassantes, celle qui n’a pas éprouver tout ceci comme je l’éprouve ! »…
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