Les êtres s’abandonnant aux pensées noires sont comme de minuscules corps, des pantins aliénés, des âmes fêlées, des aliments avariés progressant à l’intérieur du tube digestif d’un invisible monstre, conformément à la volonté d’obscurs mouvements péristaltiques, au désir d’une obsédante rythmique inconsciente : celle des contorsions lugubres de leur propre esprit. — Le contenu se présente à l’intérieur de l’hideuse bouche, accepte l’invitation de la langue, commence à emprunter la glissante pente vers le pharynx, puis roule successivement dans l’oesophage, l’estomac, l’intestin grêle, le gros intestin, en suivant les ordres de la Constriction annulaire… Arrive enfin un jour, où la vie elle-même est prise d’un grand dégoût : son ampoule rectale se comble ; « Le besoin est trop pressant : je dois aller à la selle », se dit-elle alors — ne supportant plus ses propres enfants, par son extrémité postérieure, par son illustre orifice extérieur elle évacue ses matières. Comment peut-on en arriver là ? Les consciences bien en peine se sont laissées aller au gré du courant, embarquer dans une sombre expérience, dans les entrailles d’un navire fuligineux ; elles ont accepté d’entreprendre une drôle d’aventure, un drôle de voyage, une drôle d’existence, — vers une effroyablement funeste et sûre destination. Ah ! tout ces mécanismes sont parfaitement connus ; et pourtant elles persévèrent dans leur choix, dans cette voie, dans le vice ! Mais, que faire ?
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