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Les piquets humains doivent se tenir bien droit : les vastes structures sociétales réclament « un bon “maintien”, une “stabilité endurante”, persistante », nous disent les architectes.
Les cerveaux sont aplanis, les aspérités expurgées, amputées, les différences gommées : les esprits ondulés, refroidis comme de la tôle, sont dressés, les « circonvolutions » lissées et lustrées — société aux mille reflets, affectée ; kaléidoscope humain terne, désaffecté.
Il règne dans nos groupes sociaux un instinct et une organisation grégaires, « idoines » ; les individus sont bien réglés, positionnés sur des couches sociales disposées selon un « dres- sage » conforme, — ad hoc.
Les comportements, les modes de pensée sont spécifiés, formatés, régulés : le spectacle peut se déployer grâce à ses animaux de cirque, à ses grands singes dociles, ces consommateurs façonnés, ces esprits stupéfaits. — Le domptage est parfait, le charme opère.
Car en vérité, ce qui se déploie aujourd’hui c’est bel et bien cette société du spectacle avec ses diverses formes de dressage, de conditionnement, d’apprivoisement, lesquelles constituent les types les plus vils de l’« éducation » : formation de type formatage, assemblage des matières et des préjugés à la chaîne ; philosophie de la forme, froide, — doctrine vide, dévitalisée de la pièce !
Cette grande fabrique mouvante, gesticulante se développe devant d’innombrables yeux ronds, lesquels sont hagards depuis l’enfance — symptôme, manifestation de la « longévité », du caractère persistant de cette machinerie théâtrale coûteuse —, depuis cette « bonne » éducation conventionnelle, ordinairement prêchée par la famille nucléaire, qui désintègre, qui « fissionne ». Ce dressage, ce chiendent qui se dresse sur et contre l’esprit, dans un progrès inversé se développe, prend racine et s’enterre — et accessoirement enterre — dans nos écoles. Il prospère dans les universités, à travers les titres, les diplômes, lesquels permettent finalement l’« épanouissement », la mise en oeuvre des fonctions assignées — mais aussi d’une existence qui n’est dès lors plus une œuvre —, des rôles « utiles » et par là, l’expansion de la règle, du statu quo, de l’engourdissement. Ce que l’on permet, en somme, c’est la formidable floraison et la disposition correcte du bouquet final : des esprits fragmentés, compactés et une bêtise généralisée, qui englobe — une nature morte ! le bouquet du spectacle !
Et devant et à travers ces rôles, ces formes, ces lumières, ces « dispositions », ces illusions, la raison s’affole… Et pendant ce temps, certaines fleurs, parmi les plus élégantes et les plus nobles se fanent… Observateurs, observatrices avertis, reconnaissez-vous ces ronces artificielles, cette végétation épineuse et décadente qui s’épanouit ? Entrevoyez-vous, pressentez-vous ce spectacle verdâtre, malsain, purulent ? Et avez-vous les oreilles qui entendent ce cri qui s’élève dans les entrailles de la forêt ?… « Tirez le rideau, la farce est jouée ! »…